Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Philippe Poisson

06/08/2013 - « Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d'avantages, même après.»

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu'amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts...
Fresque d'une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d'évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l'après-guerre de 14, de l'illusion de l'armistice, de l'État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l'abomination érigée en vertu.

Dans l'atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

L'AUTEUR

De Robe de marié à Sacrifices, cinq romans couronnés par de nombreux prix (dont le Prix du Polar européen du Point), Pierre Lemaitre s'est imposé comme l'un des grands noms du roman noir français et a rencontré un succès critique et public exceptionnel.

Avec Au revoir là-haut - fresque d'une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d'évocation -, il quitte le monde du polar et compose une grande tragédie romanesque, avec un talent et une maîtrise impressionnants.

  • Les courts extraits de livres : 06/08/2013

Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu'à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu'elles s'écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, des types morts de rire en recevant une balle allemande.

Il s'en rendait bien compte, son refus de croire à l'approche d'un armistice tenait surtout de la magie : plus on espère la paix, moins on donne de crédit aux nouvelles qui l'annoncent, manière de conjurer le mauvais sort. Sauf que, jour après jour, ces informations arrivèrent par vagues de plus en plus serrées et que, de partout, on se mit à répéter que la guerre allait vraiment prendre fin. On lut même des discours, c'était à peine croyable, sur la nécessité de démobiliser les soldats les plus vieux qui se traînaient sur le front depuis des années. Quand l'armistice devint enfin une perspective raisonnable, l'espoir d'en sortir vivant commença à tarauder les plus pessimistes. En conséquence de quoi, question offensive, plus personne ne fut très chaud. On disait que la 163 e DI allait tenter de passer en force de l'autre côté de la Meuse. Quelques-uns parlaient encore d'en découdre avec l'ennemi, mais globalement, vu d'en bas, du côté d'Albert et de ses camarades, depuis la victoire des Alliés dans les Flandres, la libération de Lille, la déroute autrichienne et la capitulation des Turcs, on se sentait beaucoup moins frénétique que les officiers. La réussite de l'offensive italienne, les Anglais à Tournai, les Américains à Châtillon... on voyait qu'on tenait le bon bout. Le gros de l'unité se mit à jouer la montre et on discerna une ligne de partage très nette entre ceux qui, comme Albert, auraient volontiers attendu la fin de la guerre, assis là tranquillement avec le barda, à fumer et à écrire des lettres, et ceux qui grillaient de profiter des derniers jours pour s'étriper encore un peu avec les Boches.

Cette ligne de démarcation correspondait exactement à celle qui séparait les officiers de tous les autres hommes. Rien de nouveau, se disait Albert. Les chefs veulent gagner le plus de terrain possible, histoire de se présenter en position de force à la table des négociations. Pour un peu, ils vous soutiendraient que conquérir trente mètres peut réellement changer l'issue du conflit et que mourir aujourd'hui est encore plus utile que mourir la veille.

C'est à cette catégorie appartenait le lieutenant d'Aulnay-Pradelle. Tout le monde, en parlant de lui, laissait tomber le prénom, la particule, le «Aulnay», le tiret et disait simplement «Pradelle», on savait que ça le foutait en pétard. On jouait sur du velours parce qu'il mettait un point d'honneur à ne jamais le montrer. Réflexe de classe. Albert ne l'aimait pas. Peut-être parce qu'il était beau. Un type grand, mince, élégant, avec beaucoup de cheveux ondulés d'un brun profond, un nez droit, des lèvres fines admirablement dessinées. Et des yeux d'un bleu foncé. Pour Albert, une vraie gueule d'empeigne. Avec ça, l'air toujours en colère. Un gars du genre impatient, qui n'avait pas de vitesse de croisière : il accélérait ou il freinait ; entre les deux, rien. Il avançait avec une épaule en avant comme s'il voulait pousser les meubles, il arrivait sur vous à toute vitesse et il s'asseyait brusquement, c'était son rythme ordinaire. C'était même curieux, ce mélange : avec son allure aristocratique, il semblait à la fois terriblement civilisé et foncièrement brutal. Un peu à l'image de cette guerre. C'est peut-être pour cela qu'il s'y trouvait aussi bien. Avec ça, une de ces carrures, l'aviron, sans doute, le tennis.

Neufs jours avant l'armistice, c'est le dernier assaut, le lieutenant Henri d'Aulnay-Pradelle ne pense qu'à une chose : redorer son blason et recevoir les honneurs. À n'importe quel prix. Dans cet ultime affrontement deux jeunes soldats, Albert et Édouard vont en réchapper mais pas indemne.

Si le premier doit sa vie au second, c'est Édouard qui sortira le plus cabossé de cet enfer. Pendant les années qui suivent la fin de guerre, Albert va tout faire pour aider son ami véritable gueule cassée. Pourtant, retrouver un travail est presque impossible, le pays veut oublier ces années noires et les poilus deviennent presque des parias. Il faut trouver de l'argent.

Dans cette France en reconstruction, alors que d'Aulnay-Pradelle va mettre en oeuvre un plan machiavélique pour s'enrichir, les deux amis vont imaginer une véritable escroquerie nationale, qui mettra à mal les institutions, et toutes les valeurs bien pensantes de la république.

Après avoir publié plusieurs polars remarquables, Pierre Lemaître nous entraîne dans une fabuleuse fresque romanesque. Avec humour et sensibilité, il nous fait découvrir la réalité de l'après guerre autour de personnages attachants qui semblent aux yeux de l'opinion publique beaucoup plus encombrants que tous ces morts dont on veut célébrer le souvenir.

Auteur : Pierre Lemaitre  Date de saisie : 22/08/2013  Genre : Romans et nouvelles - français  Editeur : Albin Michel, Paris, France  Collection : Romans français
Auteur : Pierre Lemaitre  Date de saisie : 22/08/2013  Genre : Romans et nouvelles - français  Editeur : Albin Michel, Paris, France  Collection : Romans français

Auteur : Pierre Lemaitre Date de saisie : 22/08/2013 Genre : Romans et nouvelles - français Editeur : Albin Michel, Paris, France Collection : Romans français

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article