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Publié par Philippe Poisson

03/07/2013 - Elisabeth Horem, française et suisse, a étudié à Paris.


Elle a publié Le Ring (1994, Prix Georges-Nicole 1994, Prix de la Commission de littérature de langue française du Canton de Berne 1994 et Prix Michel-Dentan 1995), Congo-Océan (1996, Prix d'encouragement de la Ville de Berne), Le Fil espagnol (1998) et Le Chant du bosco (2002), quatre romans dont les critiques ont souligné la remarquable qualité d'écriture et l'atmosphère d'étrangeté et de mystère qui s'en dégage. On lui doit également un recueil de nouvelles : Mauvaises rencontres, en 2006.


Elisabeth Horem a séjourné à Moscou, à Prague et dans plusieurs pays arabes dont l'Irak (2003-2006), évoqué dans Shrapnels. En marge de Bagdad publié en 2005 (Prix «Coup de coeur» de Lettres frontière 2006 et Prix de la Commission de littérature de langue française du Canton de Berne 2007), et dans Un jardin à Bagdad, journal (octobre 2003 - mai 2006), publié en 2007.


Elle vit maintenant à Damas.

  • Les courts extraits de livres : 03/07/2013

Cette préface est délicate à écrire - complexe. Elle me replonge dans une période critique de ma vie, une période passée en grande partie à attendre qu'on exécutât ma sentence de mort. D'un autre côté, pourtant, ces années-là m'ont fait éprouver la force et le pouvoir de la création. Et quel bonheur de triompher de la mort pour revenir à la vie !


Bien. Ces récits sont tirés d'un monde réel de désolation mais palpitant de vie bien qu'il fût une prison. C'est que la vie consiste en changements - et ces récits renvoient l'image du lieu qui a vu ma vie changer.


Le pire en prison était sans doute d'avoir perdu mon intimité. Personne ne peut connaître vraiment l'acuité de ce problème si ce n'est le détenu qui se sent toujours sous le regard d'autrui, tout le temps. C'est terrible, c'est inhumain.


J'ai tâché de faire en sorte que l'écriture soit mon intimité virtuelle, comme si j'avais été envoyé dans un monde inexploré et que ma mission personnelle y fût de le décrire de l'intérieur et en détail. J'ai tiré ces récits d'événements survenus dans la prison, ainsi que des pensées et des aspirations des détenus. Ils peignent sur le vif la prison centrale de Damas où j'ai passé les quatorze dernières années du vingtième siècle.


Ce recueil traite de la prison de droit commun. Les héros de ces histoires sont donc issus de toutes les couches de la société, ce qui va à contre-courant de la tendance générale de la littérature de prison dans le monde arabe, laquelle traite de la prison politique. A mon avis, sur un certain plan, tous les détenus, qu'ils soient politiques ou non, se retrouvent de plain-pied, vu que la prison métamorphose les gens en êtres qui n'ont d'autre désir que de retrouver leur liberté : l'homme est d'abord une créature biologique, avant d'être une créature idéologique.


Ces récits ont été écrits en prison, à une époque où je n'imaginais pas en sortir un jour. C'est une particularité notable qui, à ma connaissance, n'existe pas dans d'autres recueils.


Si les textes réunis ici reflètent bel et bien la réalité de la prison syrienne à une époque historique précise, ils comportent toutefois, dans une certaine mesure, des traits analogues à toutes les prisons du monde. Celles-ci ont pour dénominateur commun d'être des lieux où la liberté est enchaînée. Ceux qui s'y trouvent sont très proches du portrait que j'ai fait dans le prologue de ce recueil sous le titre : Tu es un détenu.


J'espère présenter au lecteur un ouvrage qui éveille en lui l'universel souci des valeurs humaines de l'Orient à l'Occident : la liberté, la justice, la dignité. J'espère enfin que ces textes l'inciteront à avoir une pensée pour tous ceux-là qui vivent dans des lieux où leur liberté est pour un temps enchaînée. La société a le pouvoir de faire ouvrir les yeux à la justice aveugle, afin qu'elle voie qu'il faut paver le chemin du retour à ceux qui sont sortis de son sein : qu'ils puissent retourner vers elle, guéris et convaincus de ne pas avoir subi une injustice, et qu'ils soient pleins d'humaine compassion, car rien n'est plus important que la compassion dans les temps difficiles.

Houssam Khadour
Damas, le 25 octobre 2011

Auteur : Khadour Houssam  Traducteur : Elisabeth Horem  Date de saisie : 22/05/2013  Genre : Romans et nouvelles - étranger  Editeur : Bernard Campiche, Orbe, Suisse

Auteur : Khadour Houssam Traducteur : Elisabeth Horem Date de saisie : 22/05/2013 Genre : Romans et nouvelles - étranger Editeur : Bernard Campiche, Orbe, Suisse

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