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Publié par Philippe Poisson

Tondue à la Libération, elle vivait recluse - Article La Montagne - 19/10/09

Tondue à la Libération, elle vivait recluse - Article La Montagne - 19/10/09

Recluse depuis l'été 1944, Esther Albuy vivait enfermée avec ses deux frères à Saint-Flour. Il faudra l’intervention du GIGN pour évacuer les deux survivants de leur incroyable taudis.

Le GIGN à Saint-Flour ! L’opération débute le 2 0 octobre 1983 , à 6 heures du matin. Elle s’achève très exactement 27 secondes plus tard. Réussie. Pour Esther Albouy, âgée de 60 ans, ces 27 secondes ont mis fin à près de 40 ans de réclusion. Depuis l’été 1944, elle vivait enfermée dans une maison du quartier de la « Montée des Roches ».

À la Libération, c’est encore une jeune femme d’à peine 20 ans. Dépeinte comme « une très belle fille, naïve et brave », elle a eu le tort de frayer avec des officiers allemands pendant l’Occupation.

Humiliation

Humiliation Saint-Flour libéré, elle le paye, ainsi que trois autres jeunes filles, d’une traumatisante humiliation publique. Tondues sous les yeux d’une centaine de personnes, les quatre femmes sont traînées en cortège dans les rues de la ville. Nul ne doit ignorer leur châtiment… Le père d’Esther, un homme semble-t-il assez fruste, ne supporte pas ce qu’il considère comme une infamie. Il enferme sa fille et ne la sort que de nuit, attachée. La situation se prolonge plusieurs années, jusqu’à ce que personne ne voie plus Esther. Le décès de ses parents n’y changera rien. La jeune femme va continuer de vivre totalement recluse. Pire, son frère cadet, Hubert, la rejoint en 1968. Le jeune homme a pourtant suivi jusqu’alors une scolarité normale, effectuant même des études de droit à Clermont-Ferrand.

De retour à Saint-Flour, diplômes en poche, il fait à son tour le choix de la claustration. Leur frère aîné, Rémi, vit également avec eux. Il est le seul à s’aventurer de temps en temps à l’ extérieur d e l’habitation, faisant les courses pour le trio.

Lors de l’une de ses rares apparitions, il confie que son frère Hubert le terrorise. Il le bat et le menace de ses fusils. Au début, de l’année 1980, très affaibli, Rémi sort de moins en moins. À compter du mois d’avril, personne ne le reverra. Dès lors, les Albouy se font apporter leur nourriture. Le boulanger vient une fois par semaine, l’épicier une fois par mois. Le pain est livré à travers les barreaux d’une fenêtre du rez-de-chaussée. Pour les courses mensuelles, le scénario est à chaque fois identique. Le commerçant frappe à la porte, puis patiente de longues minutes avant qu’elle s’entrouvre.


" Si on nous expulse, on se suicide "


« Si on nous expulse, on se suicide… » Les provisions passent d’une main à l’autre par l’entrebâillement. Le paiement, toujours en espèces, est effectué de même. Il s’accompagne de la commande du mois suivant : conserves, laitages, miel, ainsi que de l’alcool à brûler en quantité. Elle sert au chauffage et à l’éclairage. Car la maison n’a ni eau ni l’électricité. Les factures ne sont plus payées depuis plusieurs dizaines d’années. Même chose pour le loyer. Propriété des carmélites, la bâtisse fait face au couvent. En guise de paiement, les soeurs ont droit à des jets d’excréments sur leur façade. Un jour, une balle à ailettes fracasse une lucarne du toit du carmel…

Au début des années soixante-dix, les religieuses obtiennent un jugement d’expulsion du tribunal de grande instance d’Aurillac. Hubert Albouy fait appel devant la cour de Riom . Laquelle, le 6 janvier 1975, confirme l’expulsion. Mais le jugement ne sera pas exécuté.

Lorsqu’il lui est signifié, Hubert menace : « si on nous expulse, on se suicide… ». Les soeurs intentent alors une action contre l’État. Le 21 décembre 1982, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand leur donne gain de cause. Dix mois plus tard, l’expulsion est enfin ordonnée, avec recours à la force publique. Compte tenu de l’armement d’Hubert Albouy, ce sera le GIGN.


Explosifs

Explosifs Le 20 octobre 1983, à 6 h 15, un pain de plastic de 250 grammes fait voler en éclat la double porte de la maison. Une grenade lacrymogène est lancée à l’intérieur, un groupe de gendarmes s’engouffre.

Une poignée de secondes plus tard, deux personnes hirsutes, d’une saleté repoussante, sont entraînées à l’extérieur. Esther et Hubert Albouy, hébétés, se retrouvent à l’air libre pour la première fois depuis de très longues années. Pour Rémi, il est trop tard. Trop tard depuis trois ans. Dans un réduit, derrière la chambre que partageaient le frère et la soeur, les gendarmes ont découvert un squelette. Encore vêtu, il est plié dans un drap blanc et enfoui dans un sac de couchage rouge. Dans la maison, transformée en un cauchemardesque taudis, les gendarmes trouvent également une carabine 22 LR et une Remington de gros calibre. Hubert n’a pas eu le temps de s’en saisir. L’autopsie du cadavre de son frère, dépourvu de peau et de viscères, ne révèle aucune trace de violences visibles.

Les radios ne décèlent ni fractures, ni impacts de projectile. Faute d’indices criminels, Esther et Hubert ne seront donc pas inculpés. Ils feront par contre l’objet d’un internement psychiatrique. Une autre réclusion, dans d’autres conditions.

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