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Publié par Philippe Poisson

28/10/2011 - C'est sur les côtes de la Manche, du milieu du XIXe siècle jusqu'en 1914, que s'est développé le tourisme balnéaire en France. La baie de Somme et en particulier Le Crotoy, avec sa longue plage de sable exposée au sud, a été le témoin privilégié de cet engouement pour les bains de mer.


Le célèbre parfumeur de l'impératrice Eugénie, Pierre Guerlain, originaire d'Abbeville, fut l'un des premiers fondateurs de la station. À sa suite, de nombreuses personnalités littéraires ou artistiques ont fréquenté la cité. Jules Verne a vécu plusieurs années dans le village et y a rédigé romans et notes scientifiques. Paul Eudel, célèbre collectionneur et chroniqueur d'art parisien, a consacré un volume de souvenirs à sa ville natale. Colette, qui y a séjourné quatre années de suite, a laissé de nombreuses pages sur la baie, non seulement dans Les Vrilles de la vigne mais dans ses chroniques journalistiques et sa correspondance privée. Quant au peintre Toulouse-Lautrec, grand amateur de chasse, il fréquenta plusieurs fois la station pendant les dernières années de sa vie, laissant derrière lui un souvenir encore bien présent aujourd'hui.

Annie Jacques est historienne de l'architecture du XIXe siècle, elle a publié de nombreux textes sur cette période. Conservateur général du patrimoine, elle a été responsable pendant des années de la Bibliothèque et des Collections de l'École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, où elle a organisé de grandes expositions des dessins des architectes Grands Prix de Rome d'architecture.

  • Les courts extraits de livres : 28/10/2011

Extrait de la préface de Claude Mignot, Professeur d'Histoire de l'Art Université de Paris-Sorbonne

Le XIXe siècle peut être défini comme le siècle de fer de l'industrie et l'époque des empires coloniaux triomphants, il est aussi l'âge d'or de l'agriculture et de la pêche traditionnelles ; de même, s'il semble se définir d'abord comme civilisation des métropoles, du Paris d'Haussmann et du Londres victorien aux villes champignons américaines, il est aussi Y inventeur d'une forme urbanistique inédite, la «station balnéaire», qui, en un siècle, de 1780 à la seconde guerre mondiale, vient progressivement former une spectaculaire conurbation linéaire sur tous les rivages d'Europe, de la Baltique à la mer Noire.


Les stations balnéaires offrent des formes diverses : stations neuves créées de toutes pièces, comme Deauville, Berck ou Mers-les-Bains, ou simples quartiers balnéaires développés à partir d'une grande ville portuaire, comme à Boulogne ou à Dieppe, ou d'un port de pêche, comme à Trouville ou au Tréport ; elles présentent aussi des visages contrastés : grandes stations mondaines, comme Deauville, Biarritz, Dinard, ou plus tard comme Le Touquet, La Baule ou Hossegor, stations familiales, où les mondanités des casinos et des grands hôtels sont dédaignées pour les plaisirs plus simples du bain et de la promenade, ou même «petits trous pas chers», auxquels sont consacrés à la fin du XIXe siècle des guides spécifiques.


Nous n'avons redécouvert l'importance du phénomène de la villégiature balnéaire qu'il y a une trentaine d'années (Dominique Rouillard, Le site Balnéaire, Mardaga, 1983) ; depuis se sont multipliées les monographies de stations, de Trouville au Touquet et à Dieppe, et les études d'ensembles de stations, de la Côte d'Émeraude à la côte d'Albâtre.


Il est remarquable que le Crotoy, qui se place dans la catégorie des «stations familiales», avec un «grand hôtel» et un casino qui restent modestes, et avec plus de villas que d'hôtels de baigneurs, trouve à son tour son historienne. L'histoire de la station, retracée ici par Annie Jacques, illustre parfaitement ce grand épisode de l'histoire européenne.
Ancien bourg fortifié gardant l'entrée nord de la Somme et donc de la Picardie, petit port côtier et modeste marché agricole, Le Crotoy trouve un nouvel équilibre économique et un nouveau visage architectural en devenant lui aussi station balnéaire dans la seconde moitié du XIXe siècle.


De manière significative, la rue de la Porte du pont, l'une des artères les plus anciennes de la ville, devient, ou plutôt reste, l'artère principale de la station, avec un quart des deux cents commerces de la ville à la veille de la première guerre mondiale.

Auteur : Annie Jacques  Préface : Claude Mignot  Date de saisie : 24/10/2011  Genre : Histoire  Editeur : Engelaere éditions, Douai, France

Auteur : Annie Jacques Préface : Claude Mignot Date de saisie : 24/10/2011 Genre : Histoire Editeur : Engelaere éditions, Douai, France

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