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Publié par Philippe Poisson

  • Les courts extraits de livres : 15/06/2013

Le Tour, cette parenthèse enchantée

Je me souviens de mon premier col, j'avais 8 ans, je grimpais sur un petit vélo rouge que j'aurais dû garder comme trophée d'enfance. Le Soulor fut mon initiation, la conquête promise. Nous étions partis à 5 heures du matin d'un village de la plaine bigourdane, nous nous trouvions des milliers sur la route qui conduit à l'Aubisque, l'un des sites les plus prestigieux des Pyrénées. Mon père avait fixé les étapes : Argelès-Gazost, Arras, Arrens, le val d'Azun qui est le territoire de ma mère. À midi, après un déjeuner sur l'herbe, au milieu des moutons et des chevaux, nous avions choisi un emplacement épatant qui nous permettait de voir les derniers lacets que souffraient les champions de la montagne. Le Tour m'était un bonheur et une évasion. Je devais avoir 4 ans lorsque je l'ai découvert devant notre maison qui est sur le chemin de l'épreuve. Passionné par cette cavalcade splendide d'autos, de motos, de coureurs de toutes les couleurs, j'en rêvais l'année entière et j'en donnais des preuves : les deux grands coqs de notre basse-cour s'appelaient André Leducq et Antonin Magne. Seul, je les avais ainsi baptisés, ayant tout de même hésité parce que j'admirais aussi René Vietto, Roger Lapébie, Gino Rartali. Mon copain Soutric, qui était déjà frimeur, m'avait dévoilé les raisons de la victoire de Lapébie l'année précédente : "De passage à Lourdes, pour le Tourmalet, il avait mis de l'eau bénite dans son bidon." On ne parlait pas alors de dopage, c'était l'inconnu d'un mot... qui allait nous rattraper et faire mal.

J'aimais cette époque de paix et de plaisirs qui paradait entre deux guerres. Je m'amusais du côté franchouillard de la course qui, dans les Années folles, a laissé libre cours aux équipes nationales. Le coeur et l'esprit présidaient aux grandes cérémonies cyclistes, les temps héroïques sonnaient la charge. Nous étions dans ces étés d'autrefois, au tournant de la compétition, aux portes des mystères, ou du moins de l'interrogation. Les services de liaison et de communication n'existaient pas encore, il régnait un flou absolu. Certains coureurs se glorifiaient d'un jour de retard sur les premiers, d'autres accusaient leurs rivaux d'avoir pris des raccourcis.

Sous l'ordre paternel qui m'imposait de monter en selle, j'ai suivi les étapes les plus audacieuses, le passage obligé dans mes chères Pyrénées ; jusqu'à l'âge de 16 ans, j'ai subi ce bonheur et cette contrainte. Les ascensions de l'Aubisque, du Tourmalet, de l'Aspin, de Peyresourde me sont familières. J'avais choisi les repères, j'allais à la rencontre de mon pays. Je ne pouvais pas imaginer que je naviguerais plus tard au plus près de cette épreuve inhumaine, peuplée d'esclaves. Les champions de mon adolescence me paraissaient inaccessibles, presque des fantômes. Comment aurais-je pu deviner que je ferais - en parfait adulte et en presque vieillard - 35 Tours de France, que je deviendrais le confident de tous ces hommes turbulents, pensionnaires d'un jour de mon émission quotidienne sur Antenne 2 ? La presse, Paris Jour, la radio, France Inter, les télévisions m'auront permis de participer, d'être même lecteur de cette aventure unique. Souvenir qui m'éblouit encore : j'aurai passé trois semaines chaque année avec Antoine Blondin, mon compagnon fidèle de traversées arrosées, mais aussi de confidences où la littérature menait la ronde de mots du meilleur humour qui ont inventé des livres. Certains, en effet, n'ont pas craint d'emprunter sans vergogne aux grands écrivains. J'ai des carnets pleins de ces réflexions dont je ne ferai jamais commerce ; j'en donne toutefois ici un exemple : chroniqueur plus que journaliste - donc au sommet de notre profession - Blondin se refusait à présenter à son journal L'Équipe - ma bible - sa fiche de "notes de frais". Il trouvait vulgaire cette manière de "solliciter de l'argent, de quémander". Jacques Goddet m'avait demandé de le pousser à s'y résoudre et j'arrivai tout de même à mes fins ; il fit la somme du déjeuner et des boissons qu'il avait dû offrir. "À cette fiche indigne, me dit-il, il faut un titre" : ce fut "Verres de contact".

15/06/2013  - J'aimais cette époque de paix et de plaisirs qui paradait entre deux guerres, je m'amusais du côté franchouillard de la course qui, dans les Années folles, a laissé libre cours aux équipes nationales. Le coeur et l'esprit présidaient aux grandes cérémonies cyclistes, les temps héroïques sonnaient la charge. Nous étions dans ces étés d'autrefois, au tournant de la compétition, aux portes des mystères, ou du moins de l'interrogation. Les services de liaison et de communication n'existaient pas encore, il régnait un flou absolu. Certains coureurs se glorifiaient d'un jour de retard sur les premiers, d'autres accusaient leurs rivaux d'avoir pris des raccourcis.»  Rythmé par une centaine d'images, dont certaines encore inédites, soutenues par les commentaires de Jacques Chancel, Le Tour de France d'antan donne à voir les débuts de cet événement sportif incontournable. À l'époque où il réunissait amateurs et premiers champions sous les yeux d'une foule toujours plus enthousiaste, les premiers photographes ont su rendre le côté humain et sportif de cet exploit qui, depuis 1903, met chaque année à l'honneur la reine de la route. L'ouvrage offre ainsi une vision insolite, émouvante et exceptionnelle du Tour. L'iconographie provient de plusieurs collections particulières et de la banque d'image du journal L'Équipe.  Journaliste et écrivain français, Jacques Chancel devient en 1946, le plus jeune correspondant de guerre en Indochine, avant de partir à la découverte du Sud-Est asiatique pour le compte de Paris Match. De retour en France, il dirige Paris-Jour puis L'Heure de Paris avant d'animer "Radioscopie", sur France Inter. En 1974, il participe à la création d'Antenne 2 sur laquelle il présentera "Le Grand Échiquier", une émission mythique qui "ne montre pas aux gens ce qu'ils aiment déjà, mais ce qu'ils sont susceptibles de pouvoir aimer". Il est aujourd'hui conseiller du président de Canal + et membre du Haut Conseil de la Francophonie. Passionné par le cyclisme, il suit le Tour de France depuis toujours et a présenté pendant 16 ans "À chacun son tour", l'émission des passionnées du Tour.

15/06/2013 - J'aimais cette époque de paix et de plaisirs qui paradait entre deux guerres, je m'amusais du côté franchouillard de la course qui, dans les Années folles, a laissé libre cours aux équipes nationales. Le coeur et l'esprit présidaient aux grandes cérémonies cyclistes, les temps héroïques sonnaient la charge. Nous étions dans ces étés d'autrefois, au tournant de la compétition, aux portes des mystères, ou du moins de l'interrogation. Les services de liaison et de communication n'existaient pas encore, il régnait un flou absolu. Certains coureurs se glorifiaient d'un jour de retard sur les premiers, d'autres accusaient leurs rivaux d'avoir pris des raccourcis.» Rythmé par une centaine d'images, dont certaines encore inédites, soutenues par les commentaires de Jacques Chancel, Le Tour de France d'antan donne à voir les débuts de cet événement sportif incontournable. À l'époque où il réunissait amateurs et premiers champions sous les yeux d'une foule toujours plus enthousiaste, les premiers photographes ont su rendre le côté humain et sportif de cet exploit qui, depuis 1903, met chaque année à l'honneur la reine de la route. L'ouvrage offre ainsi une vision insolite, émouvante et exceptionnelle du Tour. L'iconographie provient de plusieurs collections particulières et de la banque d'image du journal L'Équipe. Journaliste et écrivain français, Jacques Chancel devient en 1946, le plus jeune correspondant de guerre en Indochine, avant de partir à la découverte du Sud-Est asiatique pour le compte de Paris Match. De retour en France, il dirige Paris-Jour puis L'Heure de Paris avant d'animer "Radioscopie", sur France Inter. En 1974, il participe à la création d'Antenne 2 sur laquelle il présentera "Le Grand Échiquier", une émission mythique qui "ne montre pas aux gens ce qu'ils aiment déjà, mais ce qu'ils sont susceptibles de pouvoir aimer". Il est aujourd'hui conseiller du président de Canal + et membre du Haut Conseil de la Francophonie. Passionné par le cyclisme, il suit le Tour de France depuis toujours et a présenté pendant 16 ans "À chacun son tour", l'émission des passionnées du Tour.

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