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Publié par Philippe Poisson

17/09/2013 - « En s'appuyant sur l'enchaînement des événements qu'il respecte scrupuleusement, l'auteur restitue à beaucoup de ces gens traqués ce que fut leur personnalité et leur existence avant le drame, et ce que devint leur destin après. Une grande humanité passe à travers l'évocation de tous ces êtres pourchassés à travers l'Europe... Le livre, aussi par les documents des Archives départementales, est passionnant, utile, émouvant, précis et nécessaire. Je le recommande à tous, surtout à la population des Alpes-Maritimes, pour qu'elle sache ce qui s'y est passé et qu'elle se rende compte que les Français de l'époque ont été solidaires des Juifs. »

Serge Klarsfeld

Auteur résidant à Saint-Raphaël, Jean-Luc Guillet a publié deux ouvrages consacrés l'un, à la vie des Américains sur la Riviera au cours des Années folles, l'autre, aux villas de la Promenade des Anglais à Nice, a collaboré à un recueil de textes sur les écrivains dans le Var, notamment sur Fitzgerald et Wharton, ainsi que sur les auteurs Allemands en exil à Sanary-sur-Mer.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2013

EXIL

Les noms des pays qu'on lui proposait semblaient aussi peu sérieux, aussi fantasques en somme que ces cases tracées par les gamins au jeu de la marelle juive, et qui chacune figurent : un pain blanc, un soupir, une livre de pois chiches, une injure, une poule au pot, une gifle polonaise, un million de zlotys, le typhus, la semaine chez les anges et le pogrom enfin.

Le dernier des Justes

André Schwarz-Bart

Marta, Walter, Nathan, Eva, Max, Lina... ont peur. Peur de l'hystérie collective et des excès antisémites. Peur de la Braune Haus et de ses chefs à moitié fous qui répandent partout la terreur. Leur propre ville leur est devenue hostile, déjà étrangère. Dépression et désarroi cinglent l'Allemagne en cet hiver de glace 1933 qui offre les pleins pouvoirs à Hitler, sous peu plébiscité Führer. Le désordre est indescriptible. Le sang des milices brunes et rouges coule ensemble sur le pavé lors de luttes frontales et brutales. Les festivités nationalistes et antisémites à travers la ville paradent écœurantes et stupides avec leurs chansons abjectes. Le mensonge tisse effrontément sa toile. Les nouvelles ordonnances du pouvoir bafouent chaque jour un peu plus les droits fondamentaux inscrits dans la Constitution. Les voix dissonantes empreintes d'une amère gravité se trouvent muselées par les mises au pas, les maltraitances et les enfermements. Il s'agit de faire disparaître toute conscience politique et intellectuelle parmi le peuple, à part celle dictée par la propagande. Le feu ravage le palais du Parlement et la morale de la horde brune devient la façon de penser de presque tout un peuple devenu à la fois la Police et le Crime.

La rue hurle sa fureur, agresse et roue de coups les commerçants, dégrade leur magasin, leurs biens, ce premier jour d'avril ; prélude aux persécutions, aux spoliations, aux déportations. Des magistrats et des fonctionnaires sont bientôt révoqués. Médecins juifs mais aussi dentistes, pharmaciens, avocats, notaires, journalistes et artistes seront empêchés d'exercer. Professeurs et étudiants sont de moins en moins admis dans les écoles, les universités. Ne peut être citoyen que celui qui a la qualité de membre de la communauté nationale et ne peut l'être que celui qui est de sang allemand, quelle que soit sa confession. Nul juif, conséquemment, ne saurait être membre de la communauté nationale. Ces restrictions, suivies d'autres toujours plus nombreuses, engendrent une grande précarité parmi les Juifs allemands et posent désormais la question même de leur survie.

(...)

Rafles, Nice ; 1942-1944
Rafles, Nice ; 1942-1944

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